Urgence climatique et épidémie du COVID-19 : il est urgent d'agir pour construire demain

Publié le : 2020/04/22 à 14:06 - Mis à jour le 2020/04/23 à 07:26

Cette période extra-ordinaire de confinement de la population française (et de la moitié de l’humanité) offre à la nature une respiration (un air moins pollué, une eau plus claire, le bruit drastiquement réduit, des animaux qui reviennent dans des espaces jusque-là occupés par l’Homme, …). Le changement contraint d’habitudes (télétravail, moins de déplacements, du temps pour se (re)mettre à cuisiner, à réparer, à s’occuper de nos proches…) nous amène à nous poser la question de l’après confinement : serons-nous capables de nous projeter dans une économie d’après-crise plus respectueuse de l’environnement ?

Des décisions qui ne vont pas dans le sens de la transition énergétique

Le vaccin pour résister au virus qui nous « occupe » actuellement n’est pas prêt à court terme : on risque de se retrouver dans de nouvelles crises ininterrompues.

Le contexte économique fragilise le Green New Deal européen, des pays ne jouant pas le jeu du collectif. François Gemenne prévient dans l'émission Le Vrisu au Carré: « A long terme cette crise sera une véritable catastrophe pour le climat avec des gouvernements qui pourraient remettre en cause les mesures de lutte contre le changement climatique, sacrifiées sur l’autel de la relance économique et de la croissance. »

L’EPA, l’agence américaine de protection de l’environnement, a d’ores et déjà suspendu pendant toute la durée de l’épidémie de coronavirus, l’application des lois environnementales envers les entreprises qui seraient amenées à polluer. Plusieurs réunions importantes concernant l’environnement, comme la COP 26 qui devait se tenir à Glasgow en novembre 2020, sont reportées. Ces reports de calendrier repoussent encore les grandes décisions internationales tant attendues pour lutter contre le changement climatique.

Gaspard d’Allens sur le site Reporterre.net rappelle que suite à la crise de 2008 des subprimes, les émissions de CO2 avaient repris de plus belle. « Certains pays pour relancer l’activité économique le plus vite possible pourraient rouvrir leurs usines à charbon et faire des choix d’investissement dans les énergies fossiles. » 

Des gouvernements préparent des plans massifs de plusieurs milliards de dollars pour soutenir les filières pétrolières et gazières. Et avec le faible prix du pétrole, cela encourage “les acteurs économiques, mais aussi citoyens, à reprendre de plus belle leurs habitudes et pratiques carbo-intensives avec un prix à la pompe qui devrait fortement baisser dans les semaines à venir”, alerte l’économiste Eric Vidalenc sur son blog d'Alternatives Economiques  les changements de comportements vont être difficiles à conserver ou à encourager.

Urgence climatique et crise sanitaire, même combat ?

Pourtant, le déséquilibre de la biosphère et des écosystèmes des animaux sauvages serait une cause de la multiplication des virus chez l’Homme (SRAS, COVID 19, VIH,…)*. Notre santé dépend étroitement de la manière dont nous traitons notre environnement. “On peut encore espérer une transformation, mais elle ne viendra pas de la crise sanitaire en elle-même : il faudra un plan de relance inédit qui prenne pleinement en compte l’urgence climatique, environnementale et sociale”, appuie l’ONG Greenpeace. Les associations s’activent déjà pour proposer des mesures post-confinement dans ce sens (voir plus bas).

La période offre une formidable opportunité de penser l’après crise sanitaire. « La stratégie de sortie de crise, devra alors porter l’espoir d’un nouveau modèle de société ; celle-ci doit permettre de rompre avec les pratiques destructrices pour notre environnement, notre société et l’humanité. » comme l’affirme la convention citoyenne pour le climat (voir lien ci-dessous). Ainsi, faudrait-il nous efforcer de poser les bases d’une société plus juste et plus pérenne en mettant en place les modes de vie que nous voulons pour demain.Imaginer de nouvelles solutions, en mettant en place des barrières écologiques, si nous voulons continuer de bénéficier d’un air plus sain, d’un environnement plus agréable et favorable à notre santé. C’est l’occasion d’expérimenter de nouvelles formes d’organisations productives, de nouveaux comportements et des politiques ambitieuses qui facilitent la réduction des rejets de gaz à effets de serre.

Des solutions pour revoir le mode de consommation pour aller vers un mode de consommation plus durable, avec moins de gaspillage émergent, sont à encourager. L’économie circulaire qui favorise le recyclage, le réemploi, la réparation, et le développement des énergies renouvelables, sont sources de nouveaux emplois plus vertueux pour le climat, pour notre santé, pour notre avenir. Ainsi, la Convention Citoyenne pour le Climat aborde notamment la relocalisation :  « La crise actuelle nous rappelle qu’il est nécessaire de relocaliser les activités des secteurs stratégiques pour assurer notre sécurité alimentaire, sanitaire et énergétique. Dans cette logique la France doit devenir un modèle écologique capable de créer une dynamique vertueuse à l’échelle internationale. »

Ce n’est pas la mise à l’arrêt de l’économie telle qu’on la connait, mais accélérer la transition vers une autre forme d’économie décarbonnée à laquelle l’ALEC 01 s’emploie à promouvoir. A l’instar des ALEC de France et sa fédération FLAME, l’agence s’emploie à activer la transition énergétique des bâtiments pour réduire la consommation de chauffage et d’énergie (électricité, eau,…), à encourager des solutions alternatives à la voiture thermique pour les déplacements, à concevoir et produire avec moins de matières premières carbonnées, à consommer autrement en recyclant, réutilisant, réduisant la quantité au profit de la qualité. L’ALEC 01 s’évertue également à développer les énergies renouvelables, locales et durables.

 Le changement viendra-t-il des individus eux-mêmes, ayant envie de pérenniser les changements mis en place pendant le confinement ?

Cette crise prouve que nous sommes capables de prendre des mesures exceptionnelles, de changer de comportements, de s'adapter très rapidement à une situation. Des capacités tout aussi nécessaires dans la lutte contre le changement climatique. La crise sanitaire change notre regard sur le monde : confinés, nous ralentissons, notre mode de vie plus humain, plus solidaire. Les exemples encourageants foisonnent au niveau individuel et local :

  • Développement de l'approvisionnement alimentaire en circuits courts (jardins solidaires, AMAP, ventes directes à la ferme, chez le producteur, …),
  • Lien social et intergénérationnel entre voisins et à destination des plus fragiles : apero balcon, concerts de musique, portage de paniers alimentaires, services rendus pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer…
  • Temps privilégié pour échanger avec ses enfants, sa famille, cuisiner à plusieurs, jouer, jardiner, … 
  • Solidarité avec les professionnels des métiers et activités essentiels à notre quotidien : applaudissements à 20h, repas offerts, fleurs, logements mis à disposition pour les soignants, mots de remerciements pour les caissières, les éboueurs, …

Les réseaux sociaux nous offrent un florilège de moyens pour entre en contact avec les membres de notre famille, nos amis, nos proches et nos collègues. Le confinement éveille également la créativité : vidéos d’humour sur la situation pour donner le sourire, concerts par des musiciens confinés chez eux, visites gratuites virtuelles des musées, aides aux leçons, …

Un confinement qui fait redécouvrir des valeurs humaines fondamentales et donne envie de faire autrement, durablement.

 

 Pour aller plus loin, parmi les propositions pour un après plus écologique : 

Consultation #lejourdapres proposé par des parlementaires

Tribune Plus jamais ça signée par 18 ONG

Propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat

Propositions pour un retour sur Terre de Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton

Institute for Climate Economy : investir en faveur du climat pour contribuer à la sortie de crise

 

Autres articles qui peuvent vous intéresser :  

Conférence de Dominique Bourg et de Staphane Labranche sur l'urgence climatique et les freins au changement

Faire face au réchauffement climatique

Sommet de l'ONU sur le climat :Greta Thunberg dénonce l'inactions des dirigeants contre leréchauffement climatique

Le rapport du GIEC apporte des précisions sur l'impact du récahuffement climatique

 

* https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/coronavirus-destruction-habitats-naturels-favorise-emergence-nouvelles-epidemies-comme-covid-19-80160/